Au fond du jardin, un abri renfermait autrefois le charbon de chauffage puis, plus tard, une cuve à mazout. Des boîtes y étaient entassées près des outils de jardin. Je ne sais plus ce que je cherchais, ce jour là, quand j’entendis du bruit venant d’une caisse de paille. J’aperçus alors un chat gris, ou plutôt une chatte grise aux yeux d’or.

chat_093

Autour du cagibi, des gros chats miaulaient bruyamment, presqu’agressifs. Je fis de grands gestes accompagnés de "pshiittt" et ils disparurent. Je portai de la nourriture à la chatte déjà confiante et je compris alors qu’elle avait des chatons, au fond de la paille. Je n’ai pas essayé de les voir pour ne pas l’effrayer mais j’ai réussi à la caresser. J’ai, depuis ma plus tendre enfance, ramené tous les chats perdus du quartier et, ce jour là, je vis arriver une famille entière.

Je rentrai à la maison tout heureuse et impatiente de voir les chatons s’éparpiller autour de moi. Autrefois, on adoptait les chats errants, on les nourrissait mais ils restaient dehors, aucun d’eux ne s’installait dans la maison, d’autant plus que nous n’habitions pas en ville. Je ne crois pas qu’ils en aient souffert, la liberté étant très importante pour le caractère indépendant des chats.

chat

J’avais hâte de retourner porter à manger à la chatte et, peut-être apercevoir les chatons. Lorsque j’ouvris la porte de la véranda, je vis que la chatte attendait. Elle avait déposé ses quatre petits sur le paillasson, morts, égorgés. Elle miaulait, allait et venait, me regardait comme pour me demander de leur rendre la vie.

J’ai tout de suite pensé aux gros matous qui rôdaient autour d’elle la veille. Jamais une mère n’aurait pu faire ça à ses petits, je n’y ai pas cru une seconde…