Les glycines
J’ai le souvenir d’un village où nous allions passer quelques jours de vacances lorsque j’avais sept ou huit ans. C’était plutôt un hameau car, si ma mémoire est exacte, il y avait quelques maisons, une boulangerie, un buraliste et un hôtel restaurant, le tout sur une longueur des quelques 200 mètres. Nous étions hébergés par mon oncle et ma tante propriétaires de l’hôtel dont la grande terrasse était ombragée par une merveilleuse glycine.
Je crois que c’est le souvenir que j’en ai gardé qui fait que j’adore cette fleur aujourd’hui. J’aime aussi l’odeur des soucis (qui n’est pas agréable pour beaucoup), les hortensias, les roses trémières et les coquelicots qui me renvoient inévitablement vers ces années lointaines et si proches dans ma mémoire. Cependant je n’aimais pas du tout les zinnias qui poussaient dans notre jardin, pourquoi ?
Je reviens à ces belles journées passées loin de la ville où les poules caquetaient dans les cours sans craindre de se faire écraser et où les enfants inventaient des jeux avec des pierres et des bouts de bois. Je me souviens encore de l’odeur du café mêlée à celle de l’alcool, du comptoir en zinc et des distributeurs de cacahuètes. Ces délicieuses cacahuètes salées que l’on obtenait en insérant une pièce de vingt centimes dans la grosse boule rouge ! Et puis, il y avait les matins de printemps avec de vrais petits déjeuners, l’odeur du café et du pain grillé. Les grosses tartines beurrées, la confiture maison et aussi les délicieux croissants d’autrefois tellement croustillanrs et au gout si fin ! Nous passions nos journées dehors, traversant les jardins voisins, cherchant les œufs dans le poulailler et comptant les derniers poussins. Les plus grands jouaient au baby-foot placé dans la verrière en écoutant les tubes de l'année sur le nouveau "juke box".
J’y suis retournée quelques années plus tard (peut-être vingt ans) et j’ai été si déçue que j’ai regretté d’avoir voulu retrouver ce petit coin perdu de mon enfance. Perdu oui, plus de glycine, la verrière remplacée par de grandes vitres marron opaques et sinistres, la terrasse vide. Rien, je n’ai rien reconnu, tout semblait étranger, mort...
Heureusement, lorsque je pense à ces beaux jours, l’image est intacte, la route ombragée bordée de platanes, le boulanger sort son pain et la terrasse est bondée de clients.
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Quand on retourne dans sa ville natale, on s'aperçoit que ce n'était pas l'endroit qu'on regrettait, mais son enfance.
Sam Ewing