La chèvre indépendante
« La chèvre indépendante », c’était le surnom que m’avait donné l’institutrice lorsque j’étais en CM2. Je me souviens très bien de son visage pointu, ses petits yeux vifs et ses cheveux noirs et courts. Elle me rappelait ma mère, la gentillesse en moins. Elle criait beaucoup, s’énervait sans arrêt, nous la trouvions sévère.
Je crois qu’elle ne devait pas trop m’impressionner car je fus un jour amenée, par la queue de cheval à la porte de la classe. Je ne sais pas la raison exacte qui l’a poussée à ce geste mais je me souviens encore, ne pas avoir bronché, je crois même que j'ai souri (même pas mal !). Je suis sure de ne pas avoir été impolie, je ne l’ai jamais été, plutôt un peu têtue !
C’est fou ce que les enfants travaillent différemment selon le maître qui leur fait la leçon ! L’année d’avant, l’institutrice était une jeune personne très douce qui n’élevait jamais la voix, je l’adorais et mon travail était très bon. Je ne dirai quand même pas excellent, ça fait un peu « je m’la pète » !
Pour revenir au CM2, je ne travaillais pas mal mais je n’en faisais qu’à ma tête, selon la disposition du jour. Enfin c’est ce que ma mère a entendu lorsqu’elle fut convoquée. « Votre fille fait bien son travail si elle est décidée, il ne faut pas la brusquer » C’est vrai quoi ! Pourquoi crier, je comprends même quand on est calme ! « Je l’appelle la chèvre indépendante ».
Je ne sais pas ce qu’a dit ma mère, elle n’a pas dû me défendre et elle n’a pas fait un procès non plus. Elle aurait pu, vous vous rendez compte, un tirage de queue de cheval à dix ans ça aurait pu me traumatiser à vie et laisser des séquelles !
Des séquelles ? Des séquelles ? Des séquelles ?