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3 mars 2009

Elle

Elle a eu trois enfants turbulents mais pas méchants, juste ce qu’il faut pour la faire  « tourner en bourrique » comme elle disait souvent. On l’entendait souvent dire, levant les bras au ciel, « mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour avoir des enfants pareils » ? Et eux continuaient à se disputer (et même à se battre) ou alors se sauvaient à l’extérieur quand elle saisissait le martinet. Le martinet, le pauvre, se retrouvait en piteux état, toutes les lanières finissaient par tomber, on ne sait par quel miracle. Quand elle en eut assez de le renouveler, elle se servit du filet à provisions, pas en macramé, en nylon, comme on les faisait dans les années soixante. Un petit coup sur les jambes et tout ce petit monde se calmait pour une heure (ou deux). Ça ne leur faisait pas bien mal, mais ça cuisait et laissait de petites traces rouges mais aucun des trois n'en a été traumatisé. Elle ne les avait jamais giflés, jamais ils n’avaient reçu de tape ailleurs que sur les cuisses. C’était une mère attentive et une épouse fidèle comme beaucoup de femmes. Aux repas, elle servait les meilleurs morceaux à son mari et à ses enfants et se contentait parfois des restes du repas précédent car elle ne voulait pas gaspiller ni les servir aux autres.

Puis un jour, après quelques aventures qu’elle pardonnait toujours, son mari s'amouracha d'une volaille de dix-huit ans. Elle le supplia, se traîna à ses pieds, il était toujours resté avec elle, jamais méchant, elle ne pouvait imaginer la vie sans lui. Rien n’y fit, le démon de midi avait frappé, impitoyable, laissant une femme accablée de douleur.

A quarante ans, elle retrouva une place d’employée de bureau (car elle était mère au foyer) et remonta peu à peu la pente. Dans son for intérieur, elle pensait qu’il reviendrait, que ce ne serait qu’une passade comme tant d’autres mais non, les années passaient jusqu’au jour où il se remaria. Vlan, prends toi ça dans la tête et quand il eut des enfants, le clou s’enfonça un peu plus, elle comprit enfin qu'elle l'avait perdu à jamais.

Peu à peu, la déprime fit son apparition puis, la vraie dépression l’attrapa et ne la lâcha plus. Médecins, examens, hôpitaux, maisons de repos pour se retrouver dans un établissement spécialisé d’où l’on ne sort jamais.

Lorsque je lui ai emmené mon petit garçon, elle l'a regardé sans vraiment réagir, comme si elle voyait un passant, je lui ai alors demandé comment elle le trouvait. Sa réponse m’a fusillée: « il est BIEN ». J’attendais « beau », on ne dit pas « bien » pour un bébé. Elle n'exprimait aucune joie, à cet instant j’ai compris que rien ne pourrait jamais plus la toucher, que toute parole réconfortante était vaine.

Elle a continué à régresser, son cerveau rongé par la maladie, elle ne reconnaissait pas ses propres enfants, plongée dans un monde où nous étions devenus transparents, invisibles, absents, inutiles.

r_jane

Cette femme, c’était ma mère, elle est partie peu de temps après, je n’ai pas pleuré, elle était morte depuis longtemps.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires
M
Bonjour et bienvenue !<br /> <br /> Oui, certains hommes font beaucoup de mal mais je ne crois pas qu'ils soient les seuls. Parfois ce sont les femmes qui jouent sans scrupule avec l'amour et, bien souvent, celles-ci sont portées plus haut que tout et leur "esclaves" les idolâtrent.<br /> <br /> Merci pour votre commentaire, à bientôt !
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M
Il faut le dire : les hommes font très souvent beaucoup de mal ! ils savent tellement bien qu'une jeunesse est facilement à portée de mains ! alors le démon de midi étant permanent chez eux, ils choisissent la jeunesse. La femme pour ne pas basculer au plus profond de son être n'a guère de choix... vivre aussi en conservant ses repères familiaux. Ainsi elle en arrive parfois et de plus en plus souvent à multiplier ses expériences et à comprendre ainsi comment fonctionne un homme souvent : lâche, obsédé sans en avoir l'air, menteur, fourbe, et j'en passe.
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M
Bonjour,<br /> <br /> C'est malheureusement ce que vivent de nombreuses familles. On a du mal à comprendre et surtout à accepter la déchéance d'un être humain. Comment une personne intelligente et vive peut-elle perdre tout ce qui faisait sa personne pour ne devenir qu'une ombre ?<br /> <br /> Merci pour votre témoignage.
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L
chez nous c'est nôtre père .la veille il jouait au tarot en famille puis dans la nuit il s'est levé a pris une canne il est parti chasser les allemands à moitié vêtu dans les rues.de ce jour il est devenu légume, il ne parlait plus ,lui par contre nous reconnaissait des larmes coulaient sur ses joues. les larmes ont cessées de couler nous etions devenu des &trangers une semaine avant son départ j'ai parlé devant lui lui rappellant les moments merveilleux et les coups de colère qu'il poussait il tenait ma main son corps etait là pas son esprit.je l'ai veillé cet homme ,quand j'ai laché sa main sa tête s'est penchée vers moi mais me voyait il? sa chambre quittée j'ai rejoint le reste de la famille et sommes retournés en loir et cher.
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M
Oui, la déchéance est insupportable et inacceptable, à côté d'elle la mort paraît douce. Malheureusement, cette histoire peut être celle de tellement de personnes...<br /> <br /> Merci pour votre passage.<br /> <br /> A bientôt !
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